Drame d’Eseka, séquelles psychologiques et traumatismes potentiels. Comprendre pour mieux agir

Une catastrophe humanitaire peut être définie comme un événement naturel ou accidentel, survenant à l’improviste et causant la mort de nombreuses  personnes. On peut en être témoin ou victime.

Outre les séquelles physiques, il est également courant d’observer des séquelles psychologiques, plus ou moins graves, à court ou à long terme.

Selon l’association américaine de psychiatrie, un événement est dit « traumatique » lorsqu’une personne est confrontée à la mort, à la peur de mourir, ou lorsque son intégrité physique ou celle d’une autre personne est menacée.

Exemples: catastrophes naturelles, accidents de transport graves, explosions…

Cet événement doit également provoquer une peur intense, ainsi qu’un sentiment d’impuissance et d’horreur.

Pourquoi me direz-vous?  tout simplement parce qu’un événement traumatique (un fait) ne provoque pas automatiquement un traumatisme (le vécu). Par conséquent, les émotions et les pensées que la personne entretient vis à vis de l’événement en question, vont jouer un rôle primordial sur la manière dont elle va se sentir, après la catastrophe.

La réaction péri-traumatique

Il s’agit de la réaction qu’on peut avoir, au moment de l’évènement ainsi que quelques heures. après. Cliniquement, cette réaction est de 2 ordres: La détresse péri-traumatique ou la dissociation péri-traumatique.

La détresse péri-traumatique

C’est le résultat de réactions émotionnelles négatives causées par la confrontation brutale et inattendue à une menace. Elle se manifeste au travers de différents symptômes comme: la colère aiguë, l’agitation, cris, l’hyperactivité, le sentiment d’impuissance, la peur de mourir, le relâchement des sphincters, les tremblements, les palpitations, les évanouissements, l’hébétude, etc.

Toutes ces manifestations reflètent les perturbations neurobiologiques vécues par l’organisme face à un stress intense. Elles sont donc normales.

La dissociation péri-traumatique

Elle est caractérisée par une déconnexion de la réalité. La victime est complètement déconnectée de son propre corps et de ses émotions.

L’intensité de la peur et du choc causent une rupture psychique entre la conscience, la mémoire et la perception.

On peut ainsi observer les symptômes suivants: confusion, désorientation, amnésie partielle ou totale, sentiment d’être un spectateur, impression que tout se déroule au ralenti ou qu’on regarde un film.

Concrètement, on verra deux types de personnes: celles qui pleurent, crient, s’énervent, s’agitent (détresse); et celles qui sont calmes, sans aucune réaction apparente, silencieuses (dissociation).

Dans les 2 cas, l’intensité de la réaction  est fortement corrélée au développement ultérieur d’un trouble de stress post-traumatique. Voilà pourquoi en cas de catastrophe, on met en place une cellule de crise qui fait du Debriefing, immédiatement, dans les heures qui suivent.

Le Debriefing est une méthode d’intervention  qui revient à réunir les victimes, à les écouter et à leur parler. Il est important de leur donner un espace de parole pour exprimer leurs émotions et aussi pour leur fournir des réponses. Le but du Debriefing est de prévenir les réactions traumatiques.

Comprendre ce qui s’est passé aide à construire du sens, et évite ainsi les interprétations erronées, qui deviendront à la longue  traumatogènes.

Quelles interventions?

La première intervention recommandée est de faire passer un test d’évaluation à chaque victime afin d’identifier son état psychologique et le réorienter vers la structure de prise en charge adaptée à son cas. Ce test permet de trier les victimes et de les rassembler en fonction de leurs réactions péri-traumatiques. Une intervention de groupe pourra alors être envisagée.

L’intervention de deuxième ligne consistera à rencontrer un ou plusieurs professionnels de la santé mentale pour un suivi individuel ou de groupe. Dans une perspective de réparation psychique et de deuil.

Malheureusement, beaucoup de pays en Afrique ne sont pas équipés pour prendre en charge ce type d’intervention. Il y a non seulement peu de psychologues , mais quand bien même on en trouve, combien sont formés à la victimologie ou à la prise en charge des catastrophes humanitaires?

Or, l’absence de prise en charge immédiate augmente le risque de traumatisme par la suite. Que ce soit quelques mois plus tard, ou quelques années après.

Quels sont les signes d’un trouble de stress post-traumatique?

Tout d’abord, un trouble de stress post-traumatique ou PTSD est un trouble réactionnel qui peut apparaître à la suite d’un événement « traumatique ». Il ne peut donc pas apparaître en dehors de ce contexte.

Les personnes atteintes d’un PTSD présentent 3 grandes classes de symptômes:

  • Les symptômes de reviviscence: la personne revit continuellement la scène en pensée et en cauchemars.
  • Les symptômes d’évitement: la personne cherche à éviter tout ce qui peut lui rappeler l’évènement. Par exemple, après un accident de transport, éviter l’avion, le train, ou tout autre moyen de transport.
  • Les symptômes d’hyper-éveil: la personne est constamment en état d’hypervigilance malgré l’absence danger imminent. Elle est aux aguets du moindre signe annonciateur d’une nouvelle menace.

Ces symptômes peuvent durer de quelques semaines à plusieurs années en fonction des individus. Les réactions sont fortement variables. Avec le temps, certaines personnes s’en remettent spontanément, tandis que chez d’autres, le trouble devient chronique.

Que faire si on n’a pas de structure de prise en charge?

  • Identifier le type de réaction péri-traumatique qui est présente (détresse ou dissociation).
  • Écouter les victimes sans tomber dans la complainte.
  • Dans la conversation, se limiter à « comment la personne se sent » et à « comment elle vit les choses »;  se concentrer sur le(s) coupable (s) va la distraire de sa propre guérison et l’éloigner de son vécu présent.
  • Laisser les victimes s’exprimer, même si elles répètent tout le temps la même chose, elles ont besoin d’intégrer l’évènement.
  • Leur faire comprendre que leurs symptômes sont tout à fait normaux et qu’ils ne sont pas en train de perdre la raison.
  • Insister sur le fait qu’ils ont survécu.
  • Fournir des informations objectives qui vont aider les victimes à construire du sens.
  • Consoler, sans juger, ni fustiger.
  • Leur montrer qu’on comprend ce qu’elles ont vécu (empathie).
  • Ne pas laisser les personnes dissociées « seules ». Leur parler le plus possible afin de réveiller leurs émotions.
  • Aller voir un médecin en cas de troubles neurovégétatifs.

Le support social est une excellente ressource à ne pas négliger. Il s’agit ici de la famille et des amis sur lesquels on peut compter.

Et les autres? ceux ou celles qui ont perdu un proche ?

Perdre un proche dans un contexte aussi tragique peut également donner naissance à quelques difficultés d’ordre psychologique. Notamment à ce qu’on peut appeler « le deuil compliqué ». Contrairement à un deuil normal, dont les symptômes diminuent graduellement, le deuil compliqué perdure dans le temps, il reste figé, il n’évolue pas.

Cette forme de deuil est souvent causée par la perte brutale et violente d’un être cher. Les circonstances de la mort en constituent le facteur déterminant.

La personne endeuillée est « traumatisée ». Elle refuse d’accepter la réalité de sa perte et continue à pleurer pendant des années. Elle navigue entre désespoir, colère et sentiment d’impuissance, d’injustice. Plus que la mort en elle-même, c’est la façon dont l’autre est parti(e) qui est jugée  inacceptable. On se dit qu’il ou elle serait encore là si et seulement si…, que ce n’était pas son jour.

J’aborderai cette problématique plus en détails dans un prochain article.

Que retenir?

Survivre à une catastrophe n’est pas du tout chose aisée. Le plus dur consistera à intégrer cet évènement dans notre histoire afin de réussir à tourner la page. Après un évènement traumatique, les choses ne sont plus jamais les mêmes. Il est primordial de soutenir et d’accompagner les victimes pendant un certain temps. Afin de prévenir dépression, angoisse et tentatives de suicide.

Il leur faut se réadapter et réapprendre à vivre … autrement.

Bl@ckPsy

Mere celibataire africaine

Laisser une Réponse

Votre adresse email ne sera pas divulguée.