Idées suicidaires, tentatives de suicide et suicide. Les noirs aussi sont concernés

Le suicide comme réalité peut être considéré comme un sujet “tabou” dans les communautés d’origine africaine. Tout le monde sait que ça existe, mais on n’en parle pas ou alors très peu. Quand bien même nous apprenons qu’une personne  s’est donnée la mort, nous sommes surpris d’apprendre que cette personne était d’origine africaine.

Il est assez difficile pour beaucoup d’entre nous de comprendre qu’une personne puisse se suicider. Et cela peu importe le problème qu’il peut avoir ou la souffrance dont il peut être victime. Nous tombons en général très vite dans le jugement et les préjugés. On l’accuse d’avoir voulu faire comme les “blancs”, parce que nous les noirs, on ne se suicide pas.

Cette croyance, bien ancrée dans l’inconscient collectif, trouve ses origines dans notre éducation et notre rapport à la mort.

Il y a quelques années, j’ai assisté à une scène qui m’a beaucoup impressionnée. Un voisin avait été retrouvé mort et son corps était exposé dans sa cour. La foule s’empressait autour du cadavre, qui était par terre, sans cercueil. Ce qui m’a frappé à l’époque, c’est l’ambiance qui régnait dans cette cour. Personne ne pleurait, pas même sa famille. Les visages étaient soucieux, interrogateurs, renfrognés. C’était du “jamais vu”, pour employer l’expression des badauds.

Devant mon incompréhension totale, un oncle m’a dit ceci: ” C’est une mauvaise mort, on ne pleure pas les gens qui ont décidé de partir. Sa famille va vite l’enterrer, il n’y aura pas de cérémonie”. Comme j’insistais pour comprendre pourquoi il ne serait pas traité comme les autres, mon oncle m’a répondu avec dureté: “Ne t’intéresses pas à ces choses là, et surtout, ne fais jamais ça! si tu te suicides, c’est toi qui perds, personne ne va te pleurer”.

Rien que le ton de sa voix m’a fait comprendre qu’il ne fallait plus jamais aborder le sujet. J’ai appris ce jour que le suicide était “tabou”, c’était une honte pour la famille, un aveu d’échec, voire une malédiction.

Dans certaines tribus, on ne pleure pas les suicidés et on les enterre dans l’anonymat. Pour éviter cela, certains suicides sont masqués en mort naturelle. Ce faisant, la famille veut protéger la mémoire du défunt et éviter la honte par la même occasion. Au moins, la personne décédée aura droit aux derniers hommages et à une cérémonie d’enterrement.

Pourquoi pense t-on qu’un africain ne peut pas se suicider?

On nous éduque en nous enseignant que nous ne nous appartenons pas. Nous sommes membres à part entière de toute une grande famille. Nous n’avons pas le droit de faire ce que nous voulons de notre vie. Il faut toujours penser aux répercussions que ça pourrait avoir sur la famille, la communauté.

Le regard des autres est donc très important. L’honneur et le respect de toute la famille passe par le comportement de ses membres.

Combien de fois n’a t-on pas entendu des paroles du type : ” tu veux mettre la honte sur ta famille”? ” les gens vont nous pointer du doigt”, “as-tu pensé à tes parents”?, ” ne salis pas la famille s’il te plaît”, “les gens vont dire quoi”? etc.

Présenté de cette façon, le suicide est forcément perçu comme un affront, un acte de pure égoïsme. Se donner la mort, c’est ignorer la souffrance qu’on va causer aux personnes qui nous aiment et qui tiennent à nous. C’est jeter l’opprobre sur toute la famille.

Les gens ne diront pas que X s’est suicidé, mais plutôt que le fils ou la fille d’Untel s’est suicidé. Que le mari ou la femme d’Untel a mis fin à ses jours. Donc quoi qu’on fasse, l’acte individuel aura toujours un impact collectif.

Qui plus est, la vie est un don précieux qu’il faut respecter. On ne devrait pas la supprimer selon notre bon vouloir, car elle ne nous appartient pas.

“On ne s’invite pas auprès de Dieu” nous a t-on appris.

Les personnes d’origine africaine présentent donc des facteurs de protection qui les dissuade de commettre des actes tels que le suicide. Autrement dit, elles ont des ressources (personnalité, éducation, croyances, support social, religion) qui les préserve des passages à l’acte suicidaire.

Toutefois, cela ne veut pas dire qu’elles ne peuvent pas se suicider. La probabilité est juste beaucoup plus faible qu’ailleurs. Et au cas où les facteurs de protection diminuent ou changent , alors on peut devenir potentiellement à risque.

Quelques définitions

  • Idées suicidaires: pensées, images et croyances concernant le désir et la méthode pour mettre fin à ses jours.
  • Tentative de suicide: comportement auto-infligé potentiellement dangereux, sans issue fatale, pour lequel il existe une preuve de l’intention de mourir.
  • Le suicide: mort auto-infligée avec évidence d’une intention de mourir.

Les facteurs de risque

  • Facteurs primaires: les troubles psychiatriques, les antécédents familiaux ou personnels de suicide, l’impulsivité, la communication d’intention suicidaire.
  • Facteurs secondaires: La perte parentale précoce, l’isolement social, le chômage, difficultés financières, événements négatifs de la vie.
  • Facteurs tertiaires:Le sexe, l’âge, la période de vulnérabilité.

Ces facteurs pris isolément ne constituent pas des risques en soi, il faut une combinaison de plusieurs variables pour prédire le risque de suicide chez un individu.

Pourquoi la personne en arrive à penser au suicide?

  • La douleur ressentie déborde les ressources d’adaptation habituelles, elle n’arrive plus à gérer.
  • Les événements deviennent insurmontables car les solutions habituellement utilisées sont inefficaces.
  • La personne vit une situation d’inconfort extrême et de désorganisation, elle se sent complètement perdue.
  • Elle rompt ses liens avec ses attachements de base (famille, culture, religion, croyances) et s’isole.

Son seuil de tolérance à la souffrance étant atteint, il lui est quasiment impossible de réfléchir en termes de solutions. La seule chose qui la préoccupe est de mettre fin à cette “douleur” devenue insupportable.

La personne qui se suicide ne VEUT PAS mourir, elle veut juste arrêter de souffrir.

Pourquoi la personne n’en parle pas?

Peut-être parce que la pression sociale et culturelle est trop forte. Le sujet étant tabou, elle a peur d’être critiquée, jugée ou pire d’être incomprise. La stigmatisation pousse toujours au silence. Une personne qui souffre déjà n’aura aucune envie de s’ouvrir aux autres et à leurs jugements. Elle se sent déjà assez coupable et peut vivre un énorme sentiment d’échec.

Même dans les cas où elle décide de se confier, il faudrait encore que ce soit à la bonne personne. Car écouter une personne potentiellement suicidaire est une aptitude qui n’est pas donnée à tout le monde. Il faut avoir beaucoup d’empathie, et être capable de voir les choses avec ses yeux, plutôt qu’avec les nôtres.

Or, les gens sont parfois maladroits. Certaines réactions peuvent au contraire augmenter un mal-être déjà difficile à gérer.

Le plus important c’est la souffrance de l’autre, pas ce que nous en pensons ou ce que nous aurions fait à sa place.

Le suicide comme résultat d’un processus

Il est bien sûr évident qu’on ne décide pas un beau matin de mettre fin à ses jours, sans aucune raison apparente. Une personne qui arrive au passage à l’acte a déjà traversé une série d’étapes préliminaires. Elle se trouve dans un état de détresse tellement profond qu’elle n’entrevoit plus aucune issue.

Le processus commence toujours par les idées suicidaires, qui peuvent ensuite évoluer vers l’intention de se donner la mort et se terminer par la programmation de cette dernière.

Toutefois, avoir des idées suicidaires ne conduit pas automatiquement à une tentative de suicide.

Signes précurseurs d’un potentiel passage à l’acte

Dans la majorité des cas, la personne suicidaire donne des signaux ou des indices sur ce qu’elle s’apprête à faire. Mais malheureusement, l’entourage n’est pas toujours outillé pour décoder ces messages et passe donc très souvent à côté.

  • Messages verbaux indirects: j’ai perdu le goût de vivre, je veux en finir, si rien ne s’arrange, je veux mourir, je n’en peux plus.
  • Messages verbaux indirects: la personne sous entend qu’elle serait mieux si elle était décédée, vous serez mieux sans moi, bientôt je vais avoir la paix, ce n’est plus important, il se peut que je parte pour un long voyage, je serais mieux mort, vous n’allez plus entendre parler de moi.

Parfois la personne ne verbalise pas, et envoie plutôt des signaux comportementaux.

  • Indices: isolement physique ou psychologique, rupture des liens avec l’entourage, refus de parler de ce qui ne va pas, insensibilité émotionnelle, intérêts morbides. Négligence vestimentaire, consommation abusive d’alcool, de médicaments ou de drogues, rangement des affaires personnelles, visites à des personnes qu’on n’a pas vu depuis longtemps, insomnies ou excès de sommeil, difficultés alimentaires.

L’inégalité individuelle face au suicide

Chacun d’entre nous a un vécu et une personnalité propres qui influencent la manière dont il réagit aux épreuves de la vie. Nous ne sommes pas tous égaux face à la souffrance. Certaines personnes peuvent s’effondrer dans une situation donnée et d’autres pas. Tout est relatif.

Comprendre l’acte suicidaire c’est d’abord accepter que tout le monde n’est pas comme nous. Il existe des personnes plus vulnérables que d’autres.

Quelles sont les causes possibles d’une tentative de suicide ou de suicide chez les personnes d’origine africaine?

N’ayant pas fait d’études sur le sujet, je me limiterai donc à mes propres lectures et à mon expérience personnelle pour émettre quelques hypothèses.

Comme je l’ai dit plus haut, il peut arriver qu’on perde nos facteurs de protection ou que ces derniers diminuent à un moment donné de notre vie. C’est le cas de l’immigration par exemple.

A l’étranger, les variables comme le support familial ou la vie en collectivité viennent à faire défaut. Or, ils constituent un des facteurs de protection les plus importants chez les personnes d’origine africaine.

Ces personnes se retrouvent donc seules, sans support immédiat pour affronter les différentes épreuves auxquelles elles peuvent être confrontées. Le manque d’informations les empêche parfois de demander de l’aide. Elles ne savent pas exactement vers qui se tourner, ni de quoi elles souffrent concrètement.

Les quelques cas de suicide qui m’ont été rapportés étaient souvent liés à différents facteurs: isolement, dépression chronique, précarité, difficultés à surmonter un échec personnel, perte d’un être cher, harcèlement moral, actes répétés de racisme, abus, rapatriement et réactions de l’entourage.

Courage ou lâcheté?

La tentative de suicide ou le suicide n’est ni un acte de courage, ni de lâcheté. C’est juste un appel à l’aide, un geste ultime de désespoir d’une personne convaincue de n’avoir aucune autre issue. Toute personne présentant des facteurs de risques importants est potentiellement concernée, quelle que soit sa couleur de peau.

Alors, n’oubliez pas, aussi forte que soit la douleur, elle sera toujours temporaire.

Et bien que vous ne voyez pas d’issue, il existe toujours des alternatives.

Bl@ckPsy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mere celibataire africaine

Laisser une Réponse

Votre adresse email ne sera pas divulguée.