Insultes, menaces, humiliations. Etes-vous victime de violence psychologique dans votre couple?

La violence psychologique peut être considérée comme une stratégie de destruction insidieuse réalisée par une personne vis à vis d’ une autre.  Follingstand et Dehart (2000) la définissent comme “la destruction systémique de l’estime de soi ou du sentiment de sécurité d’une personne, qui survient dans des relations où il y a des différences de pouvoir et de contrôle”.

Elle n’est certes pas aussi visible que la violence physique, mais elle existe néanmoins et fait de nombreux dégâts.On peut la retrouver dans différentes situations, à savoir: à l’école, au travail ou en famille.

Lorsqu’elle est vécue au sein du couple, elle aboutit à l’installation progressive d’une relation de type dominant-dominé.

La violence psychologique est toutefois à différencier des actes isolés ou des situations conflictuelles temporaires. Elle se caractérise par la fréquence et la durée.

C’est un ensemble de comportements abusifs, intentionnels, prolongés et répétés, à l’égard d’une personne précise. Ce faisant, la victime finit par perdre totalement l’estime d’elle-même et se retrouve au fil du temps, prisonnière des sentiments comme la culpabilité, la honte, et l’angoisse.

Qu’est-ce qui peut être considéré comme de la violence psychologique?

  • Le dénigrement: dans votre famille vous êtes tous pareils, des profiteurs et des paresseux (ses), “tu es une mauvaise mère, un mauvais père”, ” je suis trop bien pour toi”, “tu ne mérites pas un homme/une femme comme moi”
  • La dévalorisation des idées et des réalisations: “tu es bon(ne) à rien, tout ce que tu fais n’a jamais de sens”, “c’est du n’importe quoi, et c’est tout ce que tu trouves à dire en plus”, “n’importe qui peut faire ça, ça n’a rien d’exceptionnel” ,” ça t’arrive de réfléchir avant de parler?”
  • L’humiliation privée ou publique: communiquer des informations intimes à des tiers en présence de la personne concernée
  • Les moqueries vis à vis des points faibles ou des défauts de l’autre
  • Les insultes: tu es vraiment stupide, tu es un vaurien, tu es moche, tu es une imbécile
  • Les comparaisons fréquentes:prends exemple sur “X”, elle c’est une vraie femme”,  “pourquoi suis-je avec toi? il y a tellement mieux dehors”, “ça aurait été mon ex, je n’aurais pas eu besoin de lui expliquer” , “tes amis ont tous réussi et toi tu ne fais rien de bon, ils sont plus intelligents que toi de toutes les façons”
  • Les menaces, l’intimidation et le chantage:si tu oses en parler à quelqu’un, tu verras ce que je vais te faire”, “si tu ne fais pas ce que je te dis tu sors de chez moi et on verra bien comment tu vas t’en sortir sans travail/sans papiers”, ” si tu n’es pas content(e), tu t’en vas, mais sans mes enfants, et d’ailleurs, si tu pars, tu ne les reverras plus, tu peux compter sur moi”
  • L’absence de soutien dans le cadre d’une maladie incapacitante ou grave: ne pas aider le conjoint devenu physiquement dépendant, le laisser se débrouiller seul, rester indifférent face à ses besoins.
  • La manipulation: “sans moi tu n’es rien, qui va s’intéresser à toi?”, “si je ne t’aimais pas, je t’aurais déjà quitté(e)”, ” c’est toi qui me met tout le temps en colère”, ” je t’aime plus que tout et tu me pousses toujours à bout”
  • Les privations de contact et le rejet physique: montrer du dégoût au contact de l’autre et le/la repousser 
  • Les sarcasmes, les moqueries et les sous-entendus
  • Le blâme pour tout ce qui va mal: “tout ça est de ta faute”, “depuis que tu es entré(e) dans ma vie, c’est un véritable cauchemar” 
  • Les accusations non fondées:
  • Les regards mal placés

Tous ces comportements sont bien calculés et visent à atteindre l’autre dans son intégrité et sa dignité. Le blesser systématiquement le rendra plus vulnérable à la domination et au contrôle. Malheureusement, l’agresseur atteint très souvent cet objectif puisqu’à force de répétition, la victime (complètement imprégnée) finit par croire que ce qu’il dit est vrai. Il arrive même qu’elle culpabilise, croyant être responsable du comportement de son agresseur. C’est le fameux renversement de situation où la victime se retrouve dans le rôle de bourreau et le bourreau dans celui de victime.

C’est très révoltant comme stratégie, et on pourrait se demander pourquoi les victimes se laissent faire ou encore s’indigner devant tant de passivité. Toutefois ce serait mal comprendre le mécanisme à l’oeuvre dans ce type de relation.

Pourquoi les victimes ne réagissent pas ou le font trop tard?

Tout d’abord, il faut savoir que l’agresseur est le conjoint de la victime. Ce n’est donc pas un inconnu. Les sentiments que cette dernière éprouve pour son partenaire l’empêchent de voir les choses telles qu’elles sont vraiment. Elle lui trouve constamment des excuses, persuadée qu’elle pourra le faire changer si elle se comporte autrement.

Reconnaître la violence reviendrait à remettre son choix amoureux en question et par ricoche, renoncer à la vie de famille qu’on souhaite construire ou qu’on a déjà construit.

Si nous étions à la place de la victime (avec le même conjoint, les mêmes liens affectifs, la même histoire personnelle et le même contexte) il y a de fortes chances pour que nous manifestions une réaction similaire. Observer une histoire de l’extérieur n’est pas assimilable à l’avoir vécu personnellement. Voilà pourquoi il faut prendre beaucoup de recul face aux victimes  de violence conjugale. Et surtout, s’abstenir de juger.

D’autres facteurs pouvant expliquer la passivité

  • La victime minimise les actes de violence dès le départ, et de ce fait, les accepte implicitement. Avec le temps, elle éprouvera des difficultés à mettre des limites là où tout a toujours été permis. C’est ainsi qu’elle va finir par faire de plus en plus de concessions pour avoir la paix et éviter les tensions.
  • Le couple a des enfants en commun. La volonté de préserver le noyau familial va souvent prendre le pas sur l’intérêt personnel.
  • Le conjoint violent va éloigner sa compagne des personnes qui pourraient lui servir de ressources pour ouvrir les yeux. Peu à peu, elle sera isolée de sa famille et de ses amis.
  • Le conjoint violent a souvent un double visage. Après avoir malmené sa victime, il se montre tout à fait charmant et lui témoigne de nombreux gestes d’attention. Il s’excuse et elle lui pardonne.
  • La victime n’est pas toujours consciente du fait qu’elle subit une violence psychologique. Son milieu familial, culturel ou social tolère peut-être certains comportements. Elle les a même parfois observés chez ses propres parents. Pour elle, c’est donc quelque chose de normal et d’habituel.
  • Les femmes ont en général l’instinct “maternel”. Elles pensent qu’elles pourront réussir à changer leur homme, et se concentrent plus sur lui que sur leurs propres besoins.
  • L’intensité de l’attachement et des sentiments envers le conjoint peuvent provoquer un déni. La victime en arrive à dissocier l’acte de violence de son auteur .On entendra souvent dire: “il/elle n’est pas comme ça, il/elle est quelqu’un de bien, je ne sais pas ce qui lui a pris“.
  • La victime est déjà sous emprise. A ce niveau, elle n’a plus la force nécessaire pour sortir de la relation toxique. Son estime de soi est au plus bas, et elle est souvent en pleine dépression. Elle a besoin d’une aide extérieure pour s’extirper de cette situation.
  • Beaucoup de femmes vivent dans la peur de leur conjoint et dissimulent ce qu’elles vivent, par honte du regard des autres. Elles ont tellement menti pour le protéger qu’elles ne savent plus comment dire la vérité. Et quand bien même elles osent enfin en parler, tout le monde tombe des nues, et personne ne les croient. Elles se retrouvent alors piégées et se renferment encore plus sur elles-mêmes..

Les conséquences de la violence psychologique

On peut identifier des conséquences émotionnelles, physiques et comportementales.

  • Le stress chronique: la victime vit dans un climat de peur et d’insécurité et ne sait jamais à quel moment elle va se faire “agresser”
  • L’hypertension
  • L’ulcère
  • Les palpitations cardiaques
  • La dépression
  • L’addiction ( alcool, tabac, nourriture, drogue): pour oublier
  • Le repli sur soi
  • La honte
  • Les ruminations
  • Le meurtre
  • Le suicide

Les potentielles victimes?

Il n’y a pas vraiment un profil “type”. Certains facteurs fournissent juste un terrain favorable à la violence psychologique:

  • Les personnes ayant été maltraitées dans leur enfance. Elles sont habituées à supporter de lourdes souffrances sans broncher. Leur seuil de tolérance est par conséquent  très élevé.
  • Les personnes qui n’ont pas eu de soutien parental au cours de leur développement, elles n’ont jamais eu personne sur qui compter pour les défendre
  • Les femmes ayant déjà peu d’estime d’elle-même dès le départ. Elles entrent dans une relation en idéalisant leur partenaire et en se croyant moins bien que lui.
  • Les personnes qui ne savent pas mettre les limites aux autres et s’affirmer. Elles veulent plaire et être appréciées.
  • Les personnes souffrant de dépendance affective ou de la peur de l’abandon. Elles sont prêtes à tout accepter pour ne pas être quittées.

Toutefois, il est indispensable de tomber sur un conjoint violent pour que toutes ces prédispositions donnent lieu à de la violence psychologique.

Que faire en termes de prévention?

  • Avoir des limites et les respecter. Mettre un holà dès que vous vous sentez méprisé par votre partenaire.
  • Connaître votre zone de tolérance et la communiquer à votre conjoint.
  • Prendre le temps de bien connaître la personne avec qui vous voulez vivre.
  • Apprendre à vous affirmer.
  • Ne pas mentir sur votre situation afin de couvrir votre partenaire, dire la vérité à vos proches.
  • Vous poser les bonnes questions si votre partenaire vous fait ressentir que vous n’êtes pas assez bien pour lui.
  • Connaître vos faiblesses et vos blessures avant d’entrer dans une relation.
  • Cultiver l’amour de soi afin de ne permettre à personne de vous maltraiter

Si vous êtes déjà dans une situation de violence psychologique, n’hésitez pas à demander de l’aide à votre entourage ou à des personnes extérieures. Votre silence est une arme qui profite à votre agresseur.

Renseignez-vous sur les services d’aide aux victimes près de chez vous. Ils pourront vous informer et vous orienter vers les structures de prise en charge adaptées.

Bl@ckPsy

 

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