La famille, mon meilleur allié ou mon pire ennemi?

La famille comme entité sociale se définit préalablement par les liens de sang. Qu’elle soit nucléaire ou élargie, tous les membres qui la composent partagent un lien de parenté. Par conséquent, la famille dont nous sommes issus détermine nos origines.

En tant que premier lieu de socialisation, de transmission et d’apprentissage, elle joue un rôle important dans le développement de ses membres. C’est dans la famille que nous apprenons les comportements sociaux et les valeurs indispensables à la vie en société. Notamment,  le respect, la politesse, la solidarité, le sens de la famille, la vertu, l’amour de soi et des autres, etc.

Cependant, les liens de sang ne sont pas toujours synonymes de liens de cœur. S’il est vrai que l’appartenance familiale se définit par les liens de sang, ces derniers ne préjugent en rien la qualité des relations entre les membres d’une même famille.

Tous les frères et sœurs ne s’aiment pas forcément,  de même que tous les parents n’éprouvent pas les mêmes sentiments à l’égard de leurs enfants. L’amour, l’entraide et le soutien mutuel ne vont pas de soi dans toutes les familles.

Sa famille, on ne la choisit certes pas, mais on peut développer des relations positives avec nos parents, nos frères et sœurs. La relation n’est pas un fait, mais un lien qui se construit au fur et à mesure. Elle dépend de ce qui est cultivé et encouragé dans la famille. Elle se nourrit d’interactions et d’échanges quotidiens.

Et bien qu’il n’existe pas de famille parfaite, il existe des familles plus ou moins harmonieuses, plus ou moins solidaires.

La famille en tant que système fonctionne t-elle de la même façon au pays qu’à l’étranger? Comment sont les relations entre les membres d’une même famille qui se retrouvent en terre d’immigration?

Quelques constats

On retrouve en général un peu de tout. Des familles qui se côtoient et se soutiennent, aux familles individualistes, où  chacun vit pour soi sans forcément chercher le contact avec les autres. Dans les cas extrêmes, on peut observer une rupture de liens entre les membres d’une même famille. Des frères et sœurs deviennent des ennemis jurés, des enfants mettent leurs parents à la porte, et des parents exploitent leurs enfants.

Les familles deviennent ainsi dysfonctionnelles, et ne remplissent plus leurs rôles de protection et de support.

Le principe de séniorité si cher à l’Afrique , tend également à disparaître. Pour rappel, ce principe définit le respect que toute personne doit aux personnes plus âgées qu’elle. C’est l’expression du droit d’aînesse, qui régit les interactions entre différentes générations.

Tout individu est censé respecter ses parents, ses frères aînés, ses sœurs aînées et toute autre personne issue de la même génération. Ce respect implique également un devoir d’obéissance. Sous peine de recadrage et de sanctions familiales sévères. En retour, les aînés sont censés apporter protection, conseils et soutien aux plus jeunes, de par leur maturité et expérience.

Malheureusement, les faits vont à l’encontre de ces codes de conduite, bien que les personnes en cause aient été éduquées au pays, et soient censées connaître les règles d’ usage.

Beaucoup vivent dans la solitude ou la précarité, alors qu’ils/elles ont leurs frères, sœurs ou parents pas très loin. Des familles entières ne se parlent pas, ou se rendent rarement visite. D’autres encore vont jusqu’à renier leur propre famille pour plaire à leurs conjoints et sauvegarder leur mariage.

Quelle tristesse!

Pourquoi en arrive t-on à de telles extrémités? où est donc passée cette fameuse “solidarité africaine” ? est-ce vraiment l’immigration qui est la cause de toutes ces dérives? ou est-ce tout simplement l’expression de la nature véritable des uns et des autres?

1- Les personnes égoïstes, on en trouve partout

Le contexte ne change pas forcément les individus. Dans certains cas, il révèle tout simplement leur véritable nature. Une personne ayant le sens de la famille ne peut pas le perdre tout simplement parce qu’elle a immigré.

Il existe des personnes fondamentalement égoïstes et peu portées à la solidarité. Ces personnes ne voient que leurs intérêts et la valeur ajoutée que peut leur apporter les autres. Peu importe l’environnement dans lequel ils évoluent, elles auront tendance à manifester le même type de comportement.

2- L’esprit de famille, la solidarité et le sens du devoir sont des qualités liées à l’éducation

L’éducation a pour rôle de transmettre aux enfants les principes de la vie de famille et de la vie en société. Quand celle-ci est défaillante ou déstructurée, les enfants prennent pour références des modèles inadéquats.

Les relations entre frères et sœurs se dessinent également dès la plus tendre enfance, pour ceux qui ont vécu dans la même maison. Les caractères des uns et des autres se développent au fur et à mesure qu’ils grandissent et interagissent.

3- Les erreurs des parents

Les parents ont souvent une grande part de responsabilité sur le comportement de leurs enfants. Dans certaines familles, le frère ou la sœur aînée s’est vu(e) déléguer des responsabilités très tôt. C’est ainsi qu’à l’âge adulte, il ou elle continuera à se sacrifier pour le bien-être de ses cadets.On aura d’un côté ceux qui doivent toujours donner, et de l’autre, ceux qui doivent toujours recevoir.

D’autres par contre ont toujours été les “chouchous” des parents, on leur a tout donné sans jamais rien leur demander comme effort. Ce qui à la longue a pu attiser un sentiment d’injustice et de jalousie au sein de la fratrie.

Plus tard, ceux qui se sont sentis “mis de côté” peuvent rejeter ceux qui selon eux ont toujours tout eu.

L’entraide, c’est dans les deux sens, et ça s’apprend dès l’enfance. Autant on apprend à aider , autant on apprend à remercier et à être reconnaissant envers ceux qui nous aident.

4- Les conflits familiaux sous-jacents explosent une fois à l’étranger

Au pays, il existe une pression à la conformité. Même si on n’est pas d’accord avec ses parents, on ne peut rien dire , par respect. La frustration accumulée peut finir par exploser une fois qu’on se retrouve dans un environnement éloigné. A l’abri du regard des autres et de la pression familiale, on peut se permettre de dire enfin ce que l’on pense et de régler ses comptes avec parents, frères et sœurs.

5- Les parents ont inculqué un esprit de compétition

Certains parents ont passé le temps à dire à leurs enfants (de manière explicite ou implicite) comment leur frère ou leur sœur était plus intelligent, plus poli, plus obéissant, plus mature, etc. Ils ont ainsi développé un esprit de compétition qui peut pousser leurs enfants à se battre entre eux pour conquérir leur amour.Tout cela au détriment de l’amour fraternel.

6- Les enfants délaissés, dévalorisés

Beaucoup d’adultes ont grandi avec des parents sur qui ils ne pouvaient pas compter. Soit ceux-ci les rabaissaient sans cesse, soit ils ne s’en occupaient pas. Ces enfants ont manqué de repères, et ont choisi ceux qu’ils trouvaient dans la rue ou auprès des amis. Une fois devenus adultes et financièrement autonomes, ils ont l’occasion de prendre leur revanche. Certaine n’hésitent pas une seule seconde à présenter la facture pour toutes ces années de brimades. A ce moment, on les traitera de “mal élevés”, ce qui n’est pas tout à fait faux, puisqu’il n’y avait personne pour “bien les élever”.

7- A l’étranger, tout le monde se débrouille

Une fois qu’on immigre, l’instinct de survie prend le pas sur beaucoup d’autres préoccupations. Les ressources financières sont parfois limitées et la cohabitation entre frères ou sœurs peut vite tourner au désastre. Difficile de vivre comme au pays en prenant tout le monde en charge sur une longue durée. Sur ce point, il faudra compter sur l’éducation reçue à la base pour favoriser la compréhension mutuelle, ou au contraire générer des conflits.

8- La fuite des valeurs

Les anecdotes sur les scandales familiaux alimentent régulièrement les discussions au café du coin. Untel a piqué le mari de sa sœur, untel exploite son propre frère nouvellement arrivé, ou encore,  X a mis son père ou sa mère dehors car il/elle ne contribuait pas aux charges du ménage. Certaines relations sont  fortement basées sur le “tu me donnes quoi?”.  Autrement dit, tout est lié au matériel, au profit, aux avantages éventuels.

Le qu’en dira t-on? on s’en fout. “Personne ne paie mes factures” est le leitmotiv.

9- On veut être le seul ou la seule à avoir réussi

Parce qu’on a toujours été adulé par la famille. Ou au contraire, parce qu’on a toujours été jaloux des frères et sœurs. Alors, on piétine les autres pour mieux s’élever et obtenir une certaine reconnaissance.

Conclusion

Assimiler les liens de sang aux liens de cœur est une erreur très courante. On a du mal à imaginer que les membres de notre famille puissent nous faire du mal ou nous nuire. Et pourtant ça existe.

Ce qu’on oublie, c’est que les bonnes relations se construisent et s’entretiennent. Elles ne sont pas innées. L’éducation est comme une semence qu’on récolte à l’âge adulte. Avant de se plaindre de votre frère, de votre sœur, ou de vos parents, essayez de voir ce qui a été semé dans votre famille. Est-ce la solidarité? ou plutôt le “chacun pour soi”.

Beaucoup s’attendent à l’esprit de famille là où rien n’a été construit au préalable. Des personnes ayant grandi dans le “chacun pour soi” auront beaucoup de mal à faire des choses pour les autres. On leur a appris que c’était à chacun de se débrouiller dans la vie. On ne les a pas aidées, elles ne savent pas aider.

Pareil pour les personnes qui ont toujours tout eu sans le moindre effort, elles ne savent pas donner. Elles veulent juste recevoir.

Les parents ont pour rôle d’apprendre à leurs enfants à s’aimer les uns les autres, et à se soutenir envers et contre tout. Que ce soit dans leurs propos ou dans leurs agissements, ils montrent l’exemple à suivre, et sèment ainsi les graines qui vont déterminer le type de famille qu’ils récolteront plus tard. Cela ne justifie en rien les comportement répréhensibles décrits plus hauts, mais au moins ça aide à comprendre le processus qui peut leur avoir donné naissance.

Il faut prendre le temps de transmettre les bonnes valeurs aux enfants et leur enseigner ce qui pourra les aider à développer des relations harmonieuses avec les autres. Pouvoir compter sur sa famille est une grande force pour évoluer dans la vie. Si ce n’est pas possible, rien n’empêche de tisser des relations de qualité avec d’autres personnes.

A chacun de se remettre en question, de pardonner et de changer.

Bl@ckPsy

Mere celibataire africaine

2 Commentaires

  • Kim Bendallas Répondre

    Merci pour cette leçon de la vie. Très intéressent!

    • blackpsy Répondre

      merci à vous de me lire Kim

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